L'APPSTMP est née du besoin avéré de réaliser une expertise sociale ciblant essentiellement la population des dockers et agents du Grand Port Maritime de Nantes Saint-Nazaire aprÚs avoir relevé un taux anormalement élevé de pathologies graves.

I – HISTORIQUE

 » Pourquoi et pourquoi autant, de copains dĂ©cĂšdent et tombent malades ? « 
Jean-Luc Chagnolleau suite Ă  la survenue de son premier cancer (2007) Ă  Nantes et Robert GuĂ©rin Ă  Saint-Nazaire Ă©galement malade, s’emparent de cette question.
Les deux dockers envisagent que leurs conditions de travail puissent ĂȘtre Ă  l’origine de leur maladie et que cette question devrait ĂȘtre traitĂ©e collectivement.

En 2009, toujours Ă  partir de ce questionnement, est créée l’association APPSTMP 44 et lancĂ©e l’ « expertise sociale », une enquĂȘte tĂ©lĂ©phonique auprĂšs des dockers du port par les membres de l’association pour rĂ©pondre Ă  la question du nombre de copains malades ou dĂ©cĂ©dĂ©s.
Constatant l’hĂ©catombe, l’association se donne pour objectif la protection de la santĂ© au travail, avec dans un premier temps la volontĂ© de savoir.

Cette étude deviendra quelques mois plus tard le PROGRAMME ESCALES

ORIGINE DU PROJET ESCALES

Enjeux de Santé au travail et Cancers :
Les Expositions Ă  Supprimer dans les mĂ©tiers portuaires. Le 24 mars 2011, les rĂ©sultats de l’ « expertise sociale » sont rendus publics lors de la journĂ©e organisĂ©e par l’APPSTMP 44 au CHU de Nantes ayant pour thĂšme « PrĂ©server la santĂ© au travail ». La conclusion de cette journĂ©e tiendra notamment dans la dĂ©cision de lancer une Ă©tude sur les expositions des mĂ©tiers portuaires aux cancĂ©rogĂšnes.

QUELS ETAIENT LES OBJECTIFS DU PROGRAMME ESCALES ?

  • RECONSTITUER LES PARCOURS PROFESSIONNELS, pour essayer de comprendre quelles Ă©taient les ACTIVITES EXPOSANTES
  • IDENTIFIER LES EXPOSITIONS aux cancĂ©rogĂšnes dans ces parcours par une expertise de terrain.
    Une fois ces connaissances acquises, deux questions pratiques et fondamentales devaient aussi ĂȘtre anticipĂ©es.
  • L’ACTION EN PREVENTION ?
    Notamment celle Ă  l’exposition aux cancĂ©rogĂšnes

LA CONQUETE DU DROIT À RECONNAISSANCE EN MALADIE PROFESSIONNELLE ?

Par constitution du dossier de dĂ©claration en maladie professionnelle et suivi collectif de l’évolution des dossiers.

II – RÉFÉRENCEMENT ET  RECOUPEMENT

 La dĂ©marche initiĂ©e par notre association Ă  travers le PROGRAMME ESCALES (2009-2014) s’est en effet appuyĂ©e sur deux expĂ©riences qui ont Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©es depuis de nombreuses annĂ©es dans le champ des maladies professionnelles. Il s’agit du GISCOP93 (Groupement d’IntĂ©rĂȘt Scientifique sur les Cancers d’Origine Professionnelle) en Seine-Saint-Denis et de l’APCME (Association pour la prise en charge des maladies Ă©liminables) dans les Bouches du RhĂŽne. Reconnus aux plans national et international, leurs mĂ©thodes ont montrĂ© la nĂ©cessitĂ© et l’importance, qu’il y avait à recueillir et Ă  organiser les donnĂ©es quant Ă  la connaissance des lieux de travail et des expositions professionnelles. La source principale de ces donnĂ©es, Ă©tant pour l’essentiel, l’expĂ©rience des salariĂ©s. En complĂ©ment des donnĂ©es institutionnelles dĂ©jĂ  existantes, les rĂ©sultats peuvent contribuer Ă  orienter et dĂ©velopper la prĂ©vention des maladies professionnelles.

RESULTATS DU PROGRAMME ESCALES

Tous les dockers qui ont Ă©tĂ© interrogĂ©s dans le cadre de l’étude ont Ă©tĂ© exposĂ©s Ă  plusieurs cancĂ©rogĂšnes de façon rĂ©pĂ©tĂ©e et ce, pendant de longues annĂ©es. Des dizaines d’annĂ©es suivant les cas. C’est ce qu’on appelle la polyexposition.

Les principales expositions Ă©tant : les gaz d’échappement des engins de manutention dans les cales des navires, les poussiĂšres des marchandises (charbon, ciment, cĂ©rĂ©ales, bois, amiante
) mais aussi les pesticides, et également les horaires dĂ©calĂ©s. Les voies de pĂ©nĂ©tration Ă©tant l’appareil respiratoire et la peau. 

LES PRINCIPALES SOURCES D’EXPOSITION SUR LES QUAIS

 Les expositions ont deux sources principales dans l’activitĂ© de manutention portuaire : 

1 – Les marchandises qui subissent gĂ©nĂ©ralement un traitement supplĂ©mentaire avant embarquement et exportation au long cours. 
2 – Les procĂ©dĂ©s de travail employĂ©s pour la manutention ou la prĂ©servation des marchandises (par exemple la fumigation) sur les lieux de manutention (quais, cales, hangars, silos).

III – PRÉVENTION : PROTÉGER L’HUMAIN

DÉMARCHE EN PRÉVENTION

Un constat : Les moyens de prĂ©vention mis en Ɠuvre face Ă  l’exposition aux cancĂ©rogĂšnes montrent qu’ils sont gĂ©nĂ©ralement trĂšs faibles.
Jusqu’à maintenant, le moyen privilĂ©giĂ© a Ă©tĂ© le retrait anticipĂ© de l’emploi, (changement de poste de travail, dĂ©part en prĂ© retraite
) plutĂŽt que les protections collectives ou individuelles.
MĂȘme si, et sans doute que l’activitĂ© de l’association y est pour quelque chose, il est important de noter les efforts mis en Ɠuvre ces derniĂšres annĂ©es. Par exemple, des Ă©quipements individuels respiratoires dans les espaces saturĂ©s par les gaz d’échappement ou les poussiĂšres (bois, agroalimentaire, charbon
) ont Ă©tĂ© mis Ă  disposition des travailleurs.

LES PARTENAIRES DU PROGRAMME ESCALES

  •  MĂ©decins inspecteurs rĂ©gionaux du travail et de la main d’Ɠuvre et inspecteurs du travail Ă  la DIRECCTE des Pays de la Loire .
  • Acteurs de la mutualitĂ© ont Ă  ce titre Ă©tĂ© invitĂ©s Ă  jouer un rĂŽle actif sur ce volet « prĂ©vention » du projet.
  • La CARSAT, l’Agence rĂ©gionale de santĂ© (ARS)
  •  La direction du port et le groupement des manutentionnaires  ont Ă©tĂ© informĂ©es du projet ESCALES et de ses rĂ©sultats, au cours de rĂ©unions collectives ou de rencontres sollicitĂ©es par le collectif chercheurs-association.

PREVENIR LES EXPOSITIONS PROFESSIONNELLES SUR LES QUAIS

Depuis le dĂ©part, notre dĂ©marche et notre action, au-delĂ  du travail de recherche qui est nĂ©cessaire sur les expositions professionnelles pour les mĂ©tiers portuaires, Ă  pour objectif d’une part, de mobiliser les forces
institutionnelles existantes et d’autre part, les acteurs volontaires (CHSCT, Syndicats
) pour mettre en place des actions en faveur de la prĂ©vention, sachant que leur rĂŽle et leur action sont incontournables pour obtenir des rĂ©sultats.

POUR AGIR EN PREVENTION

L’objectif de la dĂ©marche, non encore abouti, est d’arriver Ă  construire un rĂ©seau dans lequel pourrait s’organiser le partage des connaissances sur les lieux de travail (quai, navire), sur les marchandises, sur les procĂ©dĂ©s qui sont Ă  l’origine des maladies. 

Nous sommes conscients que cet objectif est un objectif à long terme, mais il est nécessaire de poursuivre dans ce sens. Nous attendons beaucoup de vos réactions, suggestions, expériences, etc. qui nous permettront de mettre en place une réflexion et des actions pour la prévention, en associant bien sûr tous les acteurs concernés.

IV – COOPERATIONS

POURQUOI LES EXPOSITIONS PROFESSIONNELLES AUX CANCÉROGÈNES SONT PARTICULIÈREMENT DIFFICILES À ÉTABLIR ?

  • D’abord, du fait que ces expositions produisent leurs effets dans le temps, parfois des dĂ©cennies aprĂšs la fin d’activitĂ© professionnelle.
  • Également, en raison du manque de rĂ©fĂ©rence scientifique sur une part trĂšs importante de produits chimiques.
  • Et aussi en raison du trĂšs faible nombre de cancers d’origine professionnelle reconnus au titre de maladies professionnelles, et par la non-application des obligations lĂ©gales faite aux employeurs.

Depuis « l’affaire de l’amiante » la rĂšglementation dite CMR du 1er fĂ©vrier 2001 (prĂ©vention des expositions aux cancĂ©rogĂšnes, MutagĂšnes et Reprotoxiques) prĂ©voit la conservation du dossier mĂ©dical dĂ©taillĂ© mentionnant l’exposition aux cancĂ©rogĂšnes ainsi que les examens mĂ©dicaux pratiquĂ©s.

Ce dossier est censĂ© ĂȘtre archivĂ© pour 50 ans par le service de santĂ© au travail ou, en cas de disparition de l’entreprise, par l’inspecteur mĂ©dical rĂ©gional du travail.
Cette rĂ©glementation pourrait ĂȘtre efficace. Malheureusement dans bien des cas, il est constatĂ© une Ă©valuation des risques sous estimĂ©e, et de suivi des expositions insuffisantes.

  • Aujourd’hui, le regroupement d’associations nous permet de maintenir une veille juridique et militante, en coopĂ©ration avec l’organisation syndicale CGT

Face Ă  tous ces dysfonctionnements, qui peuvent conduire au fil des annĂ©es, Ă  la disparition des preuves quant aux expositions, auxquelles vous avez Ă©tĂ© confrontĂ©es, la dĂ©marche de l’association, consiste Ă  partir de la maladie comme l’évĂ©nement-dĂ©clencheur, pour reconstituer le parcours professionnel et mettre Ă  jour, le cas Ă©chĂ©ant, les expositions professionnelles passĂ©es et rĂ©centes.

Pour vous aider dans votre dĂ©marche, si vous ĂȘtes atteint d’une pathologie en lien avec votre travail, ou l’un de vos proches, notre association met Ă  votre disposition un guide des maladies professionnelles. Il vous permettra de mieux connaĂźtre vos droits et les procĂ©dures Ă  engager, face aux logiques procĂ©duriĂšres de la sĂ©curitĂ© sociale et la complexitĂ© des textes.

APPSTMP

Association pour la Protection de la Santé au Travail dans les Métiers Portuaires